Mon histoire d’allaitement

Lorsque je suis tombée enceinte de mon premier, il était évident que je l'allaiterais. L'allaitement, c'est culturel chez nous, aux Antilles... J'ai été allaitée, mes sœurs aussi, ma mère l'a été et mon père nous a dit un jour avoir "téter sa grand-mère"... Bref, l'allaitement, c'est juste normal.... Je me suis peu renseignée, juste les cours à l'école d'infirmière puisque je suis tombée enceinte durant ma dernière année... Les cours de prépa à l'accouchement ne m'ont guère apporté plus, et je suis donc partie avec mon idée dans la tête... Sauf que, je n'avais pas prévu d'accoucher avec un bon mois d'avance.... Suite à sa naissance, mon fils a eu besoin d'un peu d'oxygène; il a été en couveuse et sa première tétée n'a eu lieu que plus de 2h après... Bien trop fatigué, il n'a pas trouvé la force de téter et a eu droit à son premier complément à la seringue. Remontés en chambre, on m'a annoncé qu'il allait rester en nurserie et qu'on me l'emmènerait pour les tétées, ce qui fut chose faite assez rapidement avec une mise au sein « pièce de puzzle ». Mon petit bonhomme fatigué, de « petit poids », a eu droit à son premier biberon après 5min d’essais infructueux…. Puis, il y a eu une autre tentative de tétée plus tard dans la soirée et plus aucune jusque 7h le lendemain matin : il avait donc eu des biberons dans la nuit…. L’auxiliaire en service ce matin là, a pris le temps de me montrer une technique de mise au sein, vu la taille de mon sein et celle de la bouche de mon gnome. Ce fut une première réussite ! D’autres ont suivi mais il ne grossissait pas assez, on m’a donc demandé de lui donner des compléments à la seringue… Compléments dont il ne voulait pas ou si peu… 4jours après sa naissance, il avait « enfin » repris son poids de naissance et nous étions sortants le lendemain, avec ordre de tirer mon lait pour lui donner en plus… J’ai très vite abandonné mon tire lait au profit des tétées… Nous étions plus détendus, elles se passaient très bien et il grossissait à vue d’œil. Je l’ai allaité à la demande pendant 3mois et demi… Ce ne fut pas facile... Entre le manque de sommeil qu’apporte l’arrivée d’un bébé, les coliques puissances 12, j’ai failli craquer plus d’une fois… Mais un matin, j’ai du prendre une décision... Il tétait très souvent, parfois juste pour boire, parfois pour manger, parfois pour le câlin mais à l’époque, je ne savais pas faire la différence et nous avons donc décidé de le sevrer… Un peu à contre cœur, un peu dans le doute car il devait être gardé dès ses 5mois et que je ne savais pas comment gérer le tire lait, ses demandes et surtout les quantités si il se mettait à réclamer plus souvent que ce que j’avais prévu.  Un sevrage assez rapide, sur 3semaines… Mes seins en ont souffert et ont continué à produire du lait bien des mois après… Je ne devais pas être réellement prête à le sevrer.   Partant de cette expérience, je voulais que l’allaitement de mon deuxième enfant soit une meilleure réussite. Je me suis donc renseignée ; sur les forums principalement et j’ai découvert le sevrage naturel ... Après discussion avec le papa, nous avons opté pour que notre bébé choisisse quand il voudrait s’arrêter… Sauf qu’une fois encore, je n’avais pas prévu d’accoucher plus de deux mois en avance…Mon tout petit n’a donc pas eu droit au peau à peau, ni à la tétée d’accueil... Il a eu droit à l’intubation et le sac de congélation dans la couveuse… Après sa naissance, il était encore plus certain que je l’allaiterais... Je n’avais pas réussi à le garder en moi plus longtemps, il était donc hors de question que je le prive du meilleur. J’ai alors commencé une relation passionnelle avec le tire-lait (double pompage et électrique), et j’ai tout de suite réussi à tirer de belles quantités, ce qui était très encourageant. Un premier peau à peau à 3jours de vie a eu l’effet souhaité : une belle montée laiteuse. Mon lait a du passer par le lactarium les premiers jours, puis, il a pu l’avoir en don direct. Il est resté 15jours en réa/soins intensifs et je n’ai jamais vu la consultante pendant son séjour… Pas de première tétée, juste des « peau à peau », du lait en sonde gastrique pour lui, des tirages 5 à 6 fois par jour pour moi et le don du trop plein au lactarium. A 34SA, il a été transféré en néonat dans un autre établissement. Je n’oublierais jamais ce jour, ni le visage radieux de l’infirmière nous disant « Il a pris 20ml au biberon »… Nous sommes restés surpris avec son papa : il n’avait jamais eu de tétée, jamais eu de biberon et voilà qu’une inconnue lui donne son PREMIER biberon sans nous, sans notre accord…. Après nous avoir présenté le service, les horaires de visites, on a pu avoir notre petit dans les bras pour tenter une mise au sein façon « pièce de puzzle »… Voyant mon manque d’investissement, l’infirmière nous a laissé et nous avons pu, juste nous, faire sa PREMIERE mise au sein qui fut un succès… Il a su prendre le sein, a même tété un peu et surpris l’infirmière qui revenait pour voir si tout se passait bien… Oui, ca se passait bien mais pas grâce à elle. Au moment de partir, nous avons demandé à ce qu’aucun biberon ne lui soit donné : c’était soit la tétée ; soit la sonde. J’ai du réitérer ma demande 1 ou 2 jours de suite pour qu’elles comprennent enfin, qu’il ne fallait pas lui donner de biberons malgré leurs arguments « mais faut bien qu’on voit comment il tète !! ». Ceci dit, j’ai très vite situé le niveau de connaissance en allaitement des soignantes, le jour où l’une d’elle m’a dit « mais si vous avez tiré, comment vous allez lui donner le sein ? » après que je lui ai dit que le lait que j’emmenais était encore tiède. De ce jour là, ce fut « mon fils, notre allaitement, notre bataille ». On me demandait de le peser avant et après, de le stimuler même après le bain sinon, c’était lait dans la sonde. Je me suis mise une pression à en pleurer très souvent, je lui ai mis une pression aussi même si je m’en excusais ensuite… Je voulais qu’il tête, je voulais qu’il prenne du poids, je voulais qu’il sorte et qu’il rentre à la maison !! Un mois après sa naissance, j’ai lâché les armes et accepté le biberon… Il devait savoir boire au sein ou au biberon pour pouvoir rentrer, et comme il tétait très peu, il ne restait que ce choix là… Après avoir pris cette décision, il s’est mis à boire de mieux en mieux au biberon ET au sein. Il devait me sentir plus sereine donc ca se passait mieux, tellement mieux, qu’il a arraché sa sonde un soir et que l’infirmière n’a pas jugée utile de lui remettre : on se rapprochait de la sortie ! Une semaine après, il était sortant et on me disait «  Il est à 37SA aujourd’hui, vous lui donnez le sein à la demande !! »… Paradoxal quand on sort d’un peu plus de 5semaines de lait toutes les 3h…. Ce jour là, elles m’ont aussi remis des dizaines de biberons de lait tiré, toujours congelé mais jamais donné… Je leur donnais toujours ce qu’il fallait pour la journée, donc elles préféraient donner un biberon de LA plutôt que mon lait… Mon fils les a bu petit à petit quand j’ai du m’absenter mais j’aurais préféré que ce lait profite au lactarium… J’ai continué à tirer mon lait pour le lactarium jusqu’au 3mois de mon fils et ensuite, j’ai ressenti le besoin de tourner une page avec tout ca. Après son retour à la maison, nous avons oublié les montres et ce fut tétées à la demande, à l’offre selon les températures extérieures et il s’est mis à grossir si vite qu’on le surnommait « Sumotori ». Il a tété exclusivement jusqu’à ses 7mois et demi et a continué jusque je prenne la décision –encore une fois- de le sevrer. Pendant cette période, j’ai eu à faire à des jugements, des « on-dit »  mais heureusement, aussi à des « va rejoindre la chaleur de ta maman » ou « la cantine lui profite bien ! ». Mon grand aussi en allait de ses jolies interrogations (« j’ai tété moi aussi ? ») et m’a même demandé de goûter, ce que j’ai laissé faire... mais ce sont ses dents qui ont atterri sur mon mamelon !! Je suis tombée enceinte de ma fille quand mon deuxième fils avait 10 mois et demi. J’ai repris le travail de nuit à ses 12mois et demi, et j’ai eu une baisse de lactation flagrante liée à la fatigue. Il s’est mis à bouder un peu le sein et j’ai eu le « privilège » d’entendre de la part de ma mère « Il préfère son biberon de lait, il ne veut plus de tes tétées ! ». Par provocation, j’ai lutté un peu mais la fatigue aidant, j’ai fini par le sevrer au bout de 13mois de tétées. Le sevrage naturel dont je rêvais s’était envolé… Ce sevrage fut quand même, avec le recul, bien venu au vue de la grossesse pathologique qui m’attendait… Il aurait été beaucoup plus difficile pour lui et moi d’être séparés par mon hospitalisation de 3semaines à la fin de ma grossesse. Mon troisième enfant est née à terme. Avec elle, j’ai connu pour la première fois le peau à peau pendant 3h après la naissance, et surtout LA tétée d’accueil !!! Ce sont de très beaux souvenir : ce tout petit être qui se blotti, qui fouine avec son nez, qui ouvre grand la bouche comme si elle avait toujours fait ca ! Elle tète toujours depuis, elle n’a jamais voulu de mon lait au biberon, a tété exclusivement jusque ses 9mois et demi. Je ne me mets aucune limite, aucun objectif, elle tètera tant qu’elle voudra et que je le voudrais… Aujourd’hui, c’est sûr qu’elle ne sera pas sevrée de mon initiative avant quelques mois/années encore ! Christelle L .

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