« L’étude de la chronologie longue des innombrables images de lactation amène à se demander pourquoi l’iconographie de l’allaitement s’épuise au XXe siècle : les représentations, si riches dans les siècles passés, deviennent aujourd’hui fades, mièvres, sans mystère, ni signification.
Est-ce parce que les femmes allaitent moins nombreuses et de moins en moins longtemps ? Alors que le ventre des femmes enceintes s’affiche avec détermination, pourquoi au XXIe siècle, la vue d’une femme allaitant en public est-elle devenue inconvenante ?
Pourtant, le corps féminin n’a jamais été autant instrumentalisé. C’est l’exact contraire de ce qui se passait autrefois : les femmes enceintes, habillées de couleurs ternes, devaient se faire discrètes, alors que les mères pouvaient allaiter en public, sans que cela choque leur entourage. »
Extrait de « Une histoire de l’allaitement », de Didier Lett, maître de conférences en histoire médiévale à la Sorbonne, et Marie-France Morel, spécialiste de l’histoire de la naissance et de la petite enfance. Paru en 2006 aux Editions de la Martinière, 160 pages
Le mouvement féministe des années 50/60 en France revendiquait l'émancipation de la femme, la maternité était considérée comme un esclavage où l'homme régnait en maître. L'allaitement c'était être asservie à l'homme mais aussi à l'enfant. Parallèlement, les pays de l'Europe du Nord ont connu des mouvements féministes aux antipodes des notres, leurs revendiquations tendaient notamment vers l'amélioration des conditions de l'allaitement maternel.
Le Blog de Martine Herzog-Evans, professeur de Droit à l'Université de Reims